Newsletter

Découvrez toutes nos newsletters
x
découvrez nos newsletters

Témoignage du Docteur Patrick Fontet

Dr Fontet

Le Docteur Patrick Fontet, spécialisé en chirurgie plastique, reconstructive et esthétique opère depuis 22 ans des patients porteurs d’escarres. A la Fondation Hopale, la grande quantité de patients para et tétraplégiques présentant cette complication cutanéo musculaire a conduit le chirurgien à acquérir une expertise dans la prise en charge de celles-ci.

Pourquoi avez-vous choisi de vous spécialiser dans les escarres ?

La chirurgie des escarres, il est vrai n’est pas le premier domaine qui attire mes collègues plasticiens-réparateurs, en raison du contexte septique peu ragoûtant et impressionnant de ces lésions, ainsi que le peu de centres où cette chirurgie peut être pratiquée. Les chirurgiens plasticiens ont tendance plus naturellement à réparer les séquelles de brûlures, d’ablation de sein ou autres traumatismes du corps humain. Mon exercice à l’Institut Calot m’a confronté à ces patients para et tétraplégiques, souvent dans une grande détresse et développant des escarres, ce qui m’a conforté dans l’envie de pratiquer ce type de chirurgie.

Il faut savoir que la HAS (Haute Autorité de Santé) estime à 300 000 le nombre de personnes touchées par les escarres en France. La plupart des escarres à traiter chirurgicalement concernent la ceinture pelvienne (40 %) mais l’on peut aussi en retrouver au niveau des talons, des coudes, de la nuque et en regard de toutes saillies osseuses. Elles ne sont pas toujours dans ces cas d’indication chirurgicale. Il faut savoir que par ailleurs, près de 9 % des patients hospitalisés en France développent au moins une escarre au cours de leur séjour.

Pourquoi la chirurgie est-elle aussi importante ?

Une escarre demande, à domicile ou en hospitalisation, des soins de pansements lourds, continus, quotidiens et répétés. Dans ce domaine, on reste trop souvent dans une stricte prise en charge médicale, sans doute en raison du manque éventuel dans certaines régions d’offre chirurgicale. Pourtant, la chirurgie apporte des solutions plus rapides avec des résultats stables et satisfaisants à long terme par rapport à une cicatrisation médicale.

Par ailleurs, il faut savoir que le pronostic vital de ces patients peut être engagé en raison de complications locales ou générales notamment liées à l’infection ou autres problèmes urologiques et viscéraux.

Il est question du lipofilling, mais vous utilisez également d’autres techniques ?

Bien sûr, quand une escarre au niveau de la ceinture pelvienne est constituée, bien souvent la couverture chirurgicale par lambeau est une obligation. Cette couverture par de la peau et des muscles, consiste à déplacer en bloc des tissus vers la plaie à couvrir, tout en permettant la fermeture de la zone donneuse (cuisse, fesse, ventre…). Le lipofilling, que nous avons développé avec l’utilisation d’un matériel très performant (Harvest Jet), nous permet de prélever de grande quantité de graisse de bonne qualité en un temps plus court, diminuant ainsi les risques chirurgicaux et anesthésiques pour nos patients fragiles. Cette graisse prélevée dans différentes régions du corps est ainsi réinjectée dans les zones pelviennes pour matelasser tous leurs reliefs osseux menaçants lors d’une position assise ou alitée.

La technique permet au patient de retrouver une vie professionnelle et sociale nettement améliorée (augmentation de la durée des positions assises au fauteuil et diminution des douleurs neurologiques locales). Cette technique permet aussi de prévenir le développement ultérieur d’escarres et en cas d’échec de cette prévention, apporte au chirurgien le bénéfice d’un tissu plus épais pour une éventuelle réalisation des lambeaux chirurgicaux. Il s’agit du premier traitement chirurgical institué pour la prévention primaire (patients neurologiques sans antécédent) et secondaire (patients ayant déjà présenté une escarre pelvienne) des escarres.

Comment se déroule l’hospitalisation à Hopale ?

Pour une chirurgie réparatrice des escarres, l’hospitalisation oscille entre 3 et 5 semaines par escarre traitée (certains patients présentent de 1 à 5 localisations pelviennes). Elle s’organise dans un service dédié à cette chirurgie septique, qui dispose de 24 lits en chambre individuelle avec sas d’accès pour chacune, permettant de limiter les risques de transmissions infectieuses nosocomiales.

Au total, ce sont plus de 200 patients qui sont opérés chaque année. L’hospitalisation ne dure que quelques jours (de 6 à 9 jours) pour la prise en charge chirurgicale préventive des escarres par lipofilling. Cette chirurgie ne comporte que de petites incisions (3 à 4 mm) qui permettent, à l’aide de canules, à la fois de prélever la graisse et de la réinjecter au niveau pelvien. Peu de gêne et souffrance sont à craindre, et la remise au fauteuil est précoce (4ème jour post opératoire).

Vous êtes également spécialisé en chirurgie esthétique ?

Reconstruction-totale-du-sein

En effet, je pratique toutes les chirurgies plastiques, reconstructrices et esthétiques. C’est d’ailleurs, la reconstruction mammaire qui fait parfois aussi appel aux réinjections de graisse qui m’a donné l’idée de la réalisation du lipofilling chez les para et tétraplégiques.

En ce qui concerne la chirurgie mammaire plastique et esthétique, j’ai d’ailleurs aussi développé une technique de réduction et de pexie mammaire innovante qui comporte seulement deux cicatrices (aucune cicatrice horizontale sous le sein), qui respecte la contraction et la vitalité aréolo-mamelonnaire (diamètre « juvénile » des aréoles) et pour laquelle aucun drain n’est nécessaire avec une durée d’intervention courte d’une heure (2 à 4 heures pour les autres techniques).

Cette technique autorise une sortie des patientes avec peu de douleurs, le soir même voire le lendemain, avec une récupération rapide les jours suivants. J’ai d’ailleurs, présenté cette nouvelle technique aux journées nationales norvégiennes, il y a un plus d’un an, n’étant pas pressé de la diffuser pour l’instant sur le territoire français, à l’exception de quelques amis collègues plasticiens (il n’existe pas de brevet en chirurgie).