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Ici, on vit l'essentiel (témoignage patient)

À la Fondation Hopale, nous recevons régulièrement des lettres ou petits mots de nos patients et de leur famille. Du simple "au revoir" au remerciement poignant, ces manifestations agrémentent avec émotion nos vies de professionnels de santé.

Je tenais à vous faire partager le témoignage de Jean-Michel, qui à travers sa sensibilité, permet le reflet de l'excellence, de l'expertise et de l'humanité de l'ensemble des professionnels et d'exprimer la solidarité entre patients.

Bonne lecture

Sylvaine Rouault
Responsable Kiné Neuro au Centre Calvé

                                     

ICI, ON VIT L'ESSENTIEL

Aujourd'hui,  je quitte le Centre Jacques Calvé où j'ai "séjourné" en hôpital de jour durant 8 semaines pour "maintenance du véhicule".. et j'ai voulu relater ce que j'y ai ressenti...

J'ai été ainsi à nouveau plongé dans ce microcosme où les préoccupations majeures des personnes qui y séjournent sont tournées vers un même combat : apprendre ou réapprendre à "faire avec" un corps douloureux, diminué ou meurtri.

Résister à la démission, dépasser les douleurs, et accepter d'être un  autre "VOUS" suite à une chute, un accident de la vie, une maladie qui vous tombe dessus sont le lot de chacun, ici.  

Ici, les patients sont intégrés chaque jour dans un parcours de soins concocté pour eux à la carte et, dès le matin, telle une fourmilière, leurs soigneurs en blouse blanche, entièrement dédiés à leur cause, s'activent autour d'eux avec une attention tout en délicatesse. Nous sommes en effet dans un centre de rééducation fonctionnelle où la vue des corps diminués et traumatisés s'impose aux yeux de tous sans pudeur et sans complexe.

Si les patients communiquent et échangent entre eux sur leurs atteintes physiques, c'est pourtant au delà de la parole que j'ai pu vraiment ressentir ce qui anime certains d'entre eux : l'acceptation ou non des contraintes induites par leur condition.

C'est en effet au travers les regards croisés dans les couloirs que j'ai pu percevoir tantôt l'onde de choc de l'épreuve infligée par la maladie ou l'accident tantôt l'apaisante force de l'avoir transcendée. Ce regard, (signe extérieur de richesse intérieure) expose l'âme avec une telle réalité nue et émouvante que le corps meurtri n'apparait plus qu'en un frêle filigrane qui s'estompe avec le temps.  

Ici, j'ai la sensation que les patients sont plongés inconsciemment dans un même bain de solidarité alimenté par une identité commune instinctive : la perte de la maîtrise du corps. Toutes leurs apparentes différences disparaissent au profit d'une même contrainte collective qui est logistique face à la dépendance et à la fragilité qui constituent l'essentiel de leur condition. Ainsi, ils vivent en pleine conscience les entraves à la cinétique d'un corps qui n'obéit plus au doigt et à l'œil. La perte d'autonomie progressive ou soudaine est la source de leur traumatisme qui peut s'apparenter à l'épreuve d'un deuil... Après le choc, j'aime à penser qu'ils doivent en franchir les mêmes étapes pour accepter les conséquences de l'évènement qui a mis fin à leur ancienne vie.

En écho aux nombreux témoignages entendus, j'ai compris qu'accepter que l'on ne marchera plus, que pour certains, la maladie évoluera quand même malgré le courage, les efforts, le rêve de guérison, et que désormais le carcan s'impose à votre nouvelle existence est une étape très rude à franchir. J'ai relevé aussi, que lorsque l'épreuve est surmontée, elle s'exprime  à chaque fois en quelques mots qui vous explosent au visage, comme une gifle...
 "on n'a pas le choix, il faut vivre avec"...

L'acceptation de "vivre avec..."  la moitié d'un corps valide, "avec" la perte de la mémoire, "avec" un ou plusieurs membres fantômes, "avec" un fauteuil roulant  ... est un exploit qui n'est pas à la portée de tous, car elle est une vision sereine des contraintes contre lesquelles on ne peut rien mais aussi une porte d'entrée vers la créativité à contrario de la résignation qui positionne en victime ... Ma conviction est que "c'est dans la difficulté que l'on peut "révéler celui ou celle qu'on est vraiment par l'amour de soi... voilà le véritable challenge essentiel de notre vie."...

Avant mon départ, je remercie chaque personne que j'ai rencontrée durant cette immersion dans cet univers où des hommes et des femmes tissent des liens plus respectueux et plus près du cœur, car épurés de tous artifices.

Je remercie les nombreuses personnes dont j'ai croisé le regard anonyme pour ce qu'ils m'ont apporté...

Merci à Philippe, qui m'impressionne toujours avec son poing serré malgré lui,

Merci à René, qui garde son humour et son rire sans chanceler,

Merci à Aurélie qui a retrouvé ici le sourire et le goût de vivre sa jeunesse,

Merci à Nathalie qui offre sa gaité à tous ceux qui la croisent,

Merci à Josiane qui se contente de si peu qu'elle apprécie le moindre moment passé avec elle,

Merci à Monique et à son service, à Juliette, à Marie-Lucie et à Aurore pour l'attention portée au bien-être des patients, et Merci à tous ceux que je n'ai pas cités qui tissent ce cocon que je peine à quitter.

Avril 2017 par Jean-Michel W